Pour une politique migratoire européenne
Après la Méditerranée, la Manche devient à son tour un cimetière à ciel ouvert. Après la frontière gréco-turque, où se déploient désormais barbelés, drones et caméras thermiques, c’est entre la Pologne et la Biélorussie que des familles restent bloquées, prises en tenaille entre militaires et gardes-frontières, dans des conditions humanitaires épouvantables. Partout aux portes de l’Europe, les drames se multiplient. L’instrumentalisation politique de la « question migratoire » a pour corollaire une déshumanisation des personnes exilées qui atteint un paroxysme.
Mais partout également, des associations, des collectifs ou même de simples riverains, témoins de leur situation désespérée, portent secours à ces personnes. Leur geste souligne, en creux, l’absence de politique d’accueil digne de ce nom en Europe. Or c’est bien de politique qu’il s’agit. Opposer le registre compassionnel du secours au registre pragmatique du politique est un piège dans lequel il faut refuser de tomber. Le courage de l’hospitalité dont font preuve certains est bien un geste politique, et ce courage devrait être celui de nos gouvernants.
Laisser des hommes, des femmes et des enfants mourir à nos portes n’est pas seulement indigne moralement et contraire au droit international. C’est irresponsable politiquement, et cela nous met à la merci des pratiques délétères d’États malveillants et de réseaux criminels, qui ont bien compris les bénéfices qu’ils peuvent tirer de notre inaction. Comme le changement climatique, les migrations font partie de ces défis globaux qui nous interdisent de détourner le regard et appellent une politique ambitieuse, à l’échelle de l'Europe.
La rédaction